Au beau milieu d'un champ, vivait un arbre. Un arbre comme on en voit dans chaque coin de rue. Ordinaire. Sans intérêt. Dans la limite du médiocre. Il le savait, d’ailleurs, et il en avait marre.
Chaque matin, son réveil fut dicté par le chant des oiseaux qui racontaient les commérages de la veille sur ses branches. Puis, après avoir délivré les potins du jour, ils s’en allaient délivrer les bonnes nouvelles aux autres bêtes des champs. Le vieil arbre resta là, à attendre les prochains faits divers. Mais le lendemain, les oiseaux ne revinrent pas. Les feuilles changeaient de couleur, puis tombaient, L’arbre comprit alors que l’hiver venait. Les oiseaux étaient partis colporter les ragots dans d’autres contrées. Et il resta là, tel un effaré !
Arrrgg... Je n’en peux plus de rester planté là. J'aimerais bien crever une bonne fois pour toutes.
Le vent, qui passait dans le coin, faisait danser ses feuilles sèches avant de les faire tomber à son pied. Lorsqu’il l’entendit, celui-ci répondit :
— T'es sérieux ? T'as quand même une belle vue ici.
L’arbre le regarda perplexe. Ne voyant pas l’intérêt.
— Ouais, ouais. Belle vue ou pas, je m'ennuie à mourir.
Les jours passaient. L'arbre attendait. Une tempête ? Rien. La foudre ?
Raté. Une sécheresse ? Même pas. À croire que Mère Nature ne souhaitait en aucun cas exaucer son souhait.
Puis, un jour, un jeune homme vint s'asseoir sous son ombre.
“ Qu’est-ce qu’il vient faire là, lui. Ouste du balai. Laisse-moi me lamenter en paix. ”
Il semblait si jeune et pourtant, il avait l’air d’être aussi vieux que lui. Il avait l'air fatigué, très fatigué. Il resta là, assis à son pied, durant de longues heures, sans dire un mot. Une fois n’est pas coutume, Le jeune homme revînt le lendemain.
“ Encore !”
Puis, le jour suivant.
“Non mais… ça commence vraiment à devenir une habitude!”
Ce fut le même rituel, tous les jours. Il venait, s’asseyait sous l’arbre, resta là pendant une heure ou deux, et partit, sans un mot. Les semaines passaient et le vieil arbre qui se lamentait sans cesse sur sa vie sans intérêt, attendait patiemment le rendez-vous avec son invité.
“Ah le voilà qui arrive. Monsieur prend tout son temps aujourd’hui !”
Mais ce jour-là, contrairement à son habitude, l’homme se retourna, posa sa main sur le tronc de l’arbre et brisa le silence.
-Merci.
Puis, il repartit. Le vieil arbre ne le revit plus et ses pensées sombres revinrent de nouveau jusqu’au printemps. Un beau matin, le vieil arbre fut réveillé par des cris stridents. Les oiseaux étaient de retour.
-Vous avez entendu la nouvelle ? Demanda-l’un perché sur une branche qui faisait office de nez.
-Quoi donc, répondit un autre qui venait de rater son atterrissage?
-Martine, la chouette, m’a dit que le jeune fermier a perdu sa femme durant l’hiver. Elle n’aurait pas survécu à l’accouchement. Il était dévasté, mais selon Martine, il venait tous les jours ici, et s’asseyait à l’ombre de notre arbre.
Le vieil arbre semblait bouleversé par la nouvelle. Cette nuit-là, pour la première fois depuis longtemps, il ne rêva pas de mourir. Au contraire ! Il bomba le tronc et redressa fièrement les branches.
“Après tout, j’ai aidé ce jeune homme à aller mieux.”
Les jours passèrent. Les gens vinrent de plus en plus à son pied. Il y avait ce couple qui grava ses initiales sur son écorce, ce voyageur qui trouva refuge sous ses branches durant une averse, et ce garçon qui avait enterré son poisson rouge près de ses racines.
Les années passées, et son plus beau moment fut le jour où il retrouva son vieil ami qui lui présenta sa jeune fille, Lucie.
-C’est ici, ma chérie, que Papa venait se recueillir tous les jours après le départ de Maman. Cet arbre compte beaucoup à mes yeux.
Written by : Miko